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25 octobre 2014 | Assïa Kettani – Collaboratrice | Science et technologie

Le texte fait partie d’un cahier spécial.

Pour de nombreuses personnes, vivre avec un trouble d’apprentissage revient à fournir plus d’efforts pour obtenir des résultats décevants et à être confronté de façon quotidienne à l’échec. Une situation dont les séquelles se manifestent à plusieurs niveaux, notamment à travers une faible estime de soi et un état d’anxiété chronique.

« Tout le monde a besoin de se faire dire qu’il est bon. C’est ce qui alimente l’estime de soi et la construction de son image », avance Dave Ellemberg, neuropsychologue et professeur au Département de kinésiologie de l’Université de Montréal. Alors que, en contexte scolaire, les enseignants utilisent fréquemment des systèmes de valorisation faits d’étoiles, de bonshommes sourire et de tableaux d’honneur, le jeune souffrant de dyslexie, lui, n’a jamais d’étoile et son nom ne figure pas sur le tableau d’honneur. « On lui dit simplement de travailler plus fort. » Selon les circonstances, ses échecs peuvent être attribués à la paresse ou à de faibles capacités intellectuelles. À une autre époque, on aurait dit simplement qu’« il n’est pas fait pour l’école ».

Dans sa famille, le jeune peut être amené à penser, à tort ou à raison, qu’il doit avoir de bons résultats et un comportement irréprochable pour mériter l’amour des parents. « Imaginez le stress de performance », avance Germain Duclos, psychoéducateur et orthopédagogue, dont le dernier ouvrage, Le sentiment d’infériorité chez l’enfant, va paraître aux éditions du CHU Sainte-Justine.

Mais l’angoisse peut tout aussi bien provenir de l’intérieur chez des jeunes qui ont « de belles compétences sur le plan oral, qu’ils n’arrivent pas à exploiter au niveau de l’écrit. Cette distinction entre les deux façons de performer peut prendre une dimension dramatique », dit Nathalie Chapleau, professeure au Département d’éducation et de formation spécialisées de l’UQAM.

Et les conséquences peuvent être énormes. « À la longue, le jeune développe un stress affectif constant, une peur de l’échec ou des examens, la crainte de décevoir ses parents ou les enseignants et de ne pas être à la hauteur. Il peut tomber dans un état chronique d’anxiété qui va causer des troubles du sommeil, des maux de ventre ou de tête », dit Dave Ellemberg. Sans oublier que l’anxiété chronique affecte aussi les capacités cérébrales cognitives. « La structure de la mémoire peut être atteinte et fonctionner moins bien, ce qui ne fait qu’exacerber la situation. »

Selon la réaction de son environnement, il va réagir différemment. « Il existe une minorité d’enfants ayant un trouble d’apprentissage dont l’estime de soi n’est pas affectée. Il s’agit de jeunes dont les parents eux-mêmes ont vécu des échecs, qui ne valorisent pas l’école et qui ne pratiquent aucune activité intellectuelle, de lecture ou d’écriture », explique Germain Duclos.

L’âge critique se situe autour de 8 ans, car c’est l’âge où l’enfant peut se juger lui-même. Auparavant, il demeure préservé par une part de naïveté : un enfant en 1re ou 2e année peut très bien vivre avec un trouble d’apprentissage important et n’en avoir aucune conscience. Mais, avec « l’apparition de la pensée logique et critique, qui se situe autour de 8 ans, l’enfant est capable de se comparer aux autres et se rend compte que les autres apprennent plus facilement que lui. Il en devient conscient et en souffre », précise Germain Duclos.

Dans une telle situation, Germain Duclos est catégorique : il s’agit d’un engrenage qu’il faut briser à tout prix. Pour les parents, la première chose à faire est de comprendre « que leur jeune est brillant et qu’il n’est pas paresseux. Il faut changer d’approche », résume Dave Ellemberg. Et la première intervention doit se placer au niveau affectif. « Le noyau de l’estime de soi provient de la relation d’attachement. Le parent va beaucoup rassurer l’enfant s’il lui dit qu’il l’aime pour qui il est, et non pas pour ce qu’il fait. »

Mais ces conseils ne se limitent pas à la sphère familiale. À l’école, Nathalie Chapleau invite les enseignants à éviter de saturer la copie de fautes d’orthographe soulignées en rouge et à plutôt mettre l’accent sur ce que l’enfant fait de bien pour conserver sa motivation : un discours intéressant, un jugement pertinent, une analyse juste. Et valoriser les efforts plutôt que les résultats. « Ça fait toute la différence : reconnaître qu’il s’est engagé, a mobilisé ses ressources, a tenté de trouver une solution pour résoudre cette tâche. » Et attention au redoublement : « Un échec devant tout le monde qui sabote l’estime de soi et qui est un important facteur de décrochage scolaire », insiste Germain Duclos.

Bien sûr, le degré de souffrance peut varier d’un enfant à l’autre. « J’ai déjà travaillé avec un élève de 3e année qui avait fait une tentative de suicide. Il était complètement désemparé face à ses difficultés », poursuit Nathalie Chapleau. Pour ces jeunes, l’orthopédagogie cède la place aux interventions en santé mentale. « Lorsque la détresse est trop profonde, les orthopédagogues sont impuissants. Ces jeunes-là ont besoin d’un soutien médical et il faut les diriger en pédopsychiatrie », poursuit-elle.

Du côté de l’apprentissage, Germain Duclos évoque également l’importance de faire vivre des réussites et non plus des échecs. Pour cela, « micrograduer les difficultés », prône-t-il, ou encore « ne pas lui proposer un défi où il a moins de 80 % de chances de réussir. »

Autre clef de voûte d’une confiance en soi à rebâtir : la valorisation à travers d’autres sources de compétences, « une question d’équilibre et de santé mentale, avance-t-il. Il faut que ces enfants se trouvent une valeur ailleurs que dans le milieu scolaire, comme les sports, les activités sociales ou les activités artistiques. »

Un objectif d’autant plus important que les jeunes atteints d’un trouble d’apprentissage sont dotés de « belles qualités intellectuelles », rappelle Dave Ellemberg. « Leur trouble est un petit îlot de faiblesse dans un océan de force. » Pour cela, il déplore le fait que, en contexte scolaire, les programmes spécialisés axés sur les arts, les multimédias ou les sports sont, la plupart du temps, l’apanage des bons élèves, alors qu’ils « pourraient être une soupape pour les élèves ayant un trouble d’apprentissage ».

Mais, malgré les embûches, nombreux sont ceux qui y parviennent, rappelle-t-il, pour peu qu’ils aient trouvé du soutien. « Je les appelle les survivants, les combattants, ceux qui réussissent et qui finissent leur secondaire et leur cégep avec de bons résultats. Ils nous rappellent que, avec pas tant de choses que ça, on peut faire beaucoup. »

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Fabienne Lacroix
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