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Il est courant de mentionner l’hypersensibilité des enfants doués comme une de leurs caractéristiques ordinaires, mais les effets qu’elle entraîne ne sont pas toujours considérés dans toute leur amplitude.

 
L’exemple le plus frappant et aussi le plus ordinaire est donné par la réaction de l’enfant si un redoublement est décidé. Le plus souvent, il a conscience de n’avoir pas vraiment travaillé, mais il pensait qu’il bénéficiait d’une sorte de statut particulier qui l’aurait dispensé de travailler autant que les autres, tout en se maintenant au niveau d’une « honnête » réussite ; il ne comprend pas pourquoi ce statut est remis en question, il s’estime sanctionné trop sévèrement, d’autant plus que des condisciples aux résultats équivalents aux siens, mais atteints de façon besogneuse, passent dans la classe supérieure.  Il se révolte, jure qu’il ne travaillera plus du tout et se soumet difficilement à la voix de la raison : il sombrerait alors totalement et risquerait  l’infâmante « orientation ».
 
Ce redoublement prononcé marque parfois en effet, la fin d’une réussite scolaire plutôt brillante : on a voulu justement sanctionner ce parcours trop aisément suivi et faire réfléchir un adolescent dont les facilités sont manifestes afin qu’il apprenne aussi à travailler.
 
Quand la famille accepte ce verdict sans protester, reconnaissant ainsi son bien-fondé, l’image que l’adolescent avait de lui s’effrite complètement, sa vie durant il aura du mal à en assembler les miettes.
 
Il se sent profondément trahi, tout à la fois par ses professeurs qui semblaient
apprécier sa vivacité d’esprit et son adresse intellectuelle, surtout dans ses domaines
de prédilection, par sa famille, qui ne tente pas de le défendre, peut-être impressionnée par des pédagogues au savoir immense comparé au leur, et enfin par lui-même qui doit renoncer à tous ses rêves d’avenir à cause d’une maladresse qu’il ne peut pas très bien cerner. Les effets profondément destructeurs de ce choc se ressentent des années après sans que la cause première soit  identifiée. Ce serait comme si les fondations d’une construction avaient été endommagées sans que les dégâts soient très apparents, peu à peu l’ensemble se fissure, des réussites ultérieures se teintent de sombre et paraissent douteuses, le premier choc a laissé une marque irrémédiable, difficile à réparer, même quand on réussit à l’identifier.
 
Les effets dévastateurs d’un échec sont encore plus destructeurs lorsqu’ils touchent un étudiant qui a déjà franchi victorieusement la première barrière du bac, en général dans une section plus difficile.
 
Des adultes mentionnent une « dépression » qui les aurait touchés dans leur jeunesse. Enquête menée, il apparaît que cette « dépression »  été provoquée par un échec à un examen. Cet échec, le premier qu’ils aient connu, les a bouleversés en modifiant complètement l’image qu’ils avaient d’eux-mêmes, ils ont encaissé un coup aussi violent que celui, physique, qui coupe le souffle, provoque un évanouissement ou une fracture.
 
Il convient même de traiter ce choc pour ce qu’il est réellement, en recourant à des thérapies adaptées, par exemple, l’EMDR qui permet de dépasser un « arrêt sur image » mortifère, quelle que soit la cause qui l’a provoqué.
 
Il arrive que l’étudiant recalé présente des symptômes faisant penser à une phobie véritable, qu’on devrait alors traiter comme telle ; il ne parvient plus à envisager de présenter à nouveau un examen, même différent de celui qui l’a fait trébucher. En fait, il est exactement dans la situation d’un conducteur incapable de reprendre le volant après un accident, surtout s’il pense en être responsable.
 
Quand on voit un étudiant, considéré jusque-là comme brillant, rater un examen, on
aurait tendance à minimiser cet échec, à le considérer comme un accident de parcours sans gravité, puisqu’il survient après de glorieuses réussites. Justement, cet échec tranche si fortement qu’il blesse au cœur l’étudiant malchanceux. Il ne se reconnaît plus dans ce recalé, ce n’est pas de lui qu’il s’agit mais d’un double malchanceux qui a pris sa place pour mieux le tromper, puis il semble se résigner, la mort dans l’âme.
 
Il comprend d’autant moins les causes de ce drame qui le frappe qu’il a l’impression d’avoir préparé cet examen comme tous les autres, mais, cette fois, la belle mécanique s’est enrayée, il pensait connaître le sujet, mais tout souvenir s’est effacé au dernier moment.
 
On ne  doit jamais oublier qu’on ne se pense jamais vraiment intelligent et que l’idée d’imposture flotte toujours autour des personnes douées, puisque même les enfants pensent qu’ils doivent à un hasard bienveillant leur réussite parfois admirable et que leur faiblesse apparaîtra un jour de façon aveuglante pour leur plus grande honte : un examen raté peut signifier que la chance a tourné, peut-être définitivement.  On conçoit bien alors qu’une « dépression » serait la réaction la plus anodine à ce caprice du destin, mais cette réaction, si elle n’est pas comprise par l’entourage ni par l’étudiant lui-même, risque d’entraîner des conséquences dramatiques : arrêt des études avec un sentiment de frustration quasi mortel, image de soi tellement amoindrie qu’elle devient la proie des pervers et gourous de toutes sortes, impression confuse, mais durable, que toute entreprise sera désormais vouée à l’échec, une éventuelle réussite n’étant qu’une éclaircie accordée parcimonieusement au milieu d’une grisaille opaque.
 
L’existence toute entière est entachée par cette faute impardonnable. 
 
On pourrait penser que le tableau est trop noirci, exagéré, et que ceux qui ont connu ce genre d’échec finissent par s’en remettre, on ne songe pas aux cicatrices impossibles à refermer ni à tous les blocages douloureux qui vont s’ensuivre, on oublie aussi la faculté des personnes douées, même profondément blessées, de trouver en elles un ressort inattendu pour continuer leur route, malgré tout.
 
Bien que profondément meurtries, elles vont déployer d’autres dons qui les surprendront elles-mêmes, tout comme elles seront étonnées de réussir dans des domaines bien éloignés de leur ambition première : les personnes douées possèdent des trésors d’énergie qu’on ne soupçonne pas et qui se révèlent quand apparaît une opportunité qu’on qualifiera d’heureux hasard, encore fallait-il le reconnaître et l’utiliser.
 
Identifier ce choc, souvent négligemment mentionné, est un premier pas dans la reconstruction de  cette image de soi tellement et depuis si longtemps entamée. Les 
personnes douées savent reconnaître le bienfait d’une aide adaptée, elles peuvent enfin retrouver la pleine utilisation de leurs précieuses qualités et découvrir alors  les voies multiples et infinies qui leur sont désormais ouvertes.

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Fabienne Lacroix
Votre coach accompagnant
Tél : +32 473511021
Email : info@exonaisens.be

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