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Le Journal des Femmes, Arielle Adda, psychologue, Chronique publiée le 15/03/16

On pourrait penser dans un grand élan d’optimisme que toute la littérature concernant les enfants doués porte enfin ses fruits, et pourtant…

Un des motifs de consultation encore assez fréquent est qualifié  de « difficultés relationnelles ». L’école a alerté les parents, qui ne se doutaient de rien, les pauvres, et on leur a dressé un tel portrait de leur enfant qu’ils se sont réellement inquiété, entrevoyant l’ombre de troubles autistiques  se dessiner, sans qu’ils se soient doutés de quoi que ce soit jusque-là, aveugles qu’ils étaient.

Ce sont les pédagogues attentifs  qui les  ont avertis : ils désirent sincèrement que chaque enfant aime l’école, y soit heureux et s’y épanouisse : cet enfant qui reste isolé dans la cour de récréation, qui n’a pas d’amis, les dérange. Les ressources ne manquent pas pour remédier à cette situation qui les insupporte et  met en question leur savoir pédagogique, toutes sortes d’approche thérapeutiques peuvent être envisagées puisqu’ils se sentent brusquement démunis face à cet enfant  trop solitaire.

Les parents de plus en plus inquiets se renseignent, plongent dans internet et y voit une lueur d’explication s’esquisser : leur enfant est peut-être doué…

Une fois que cet enfant tellement réservé se sent en terrain sûr face à une psychologue qui va lui proposer de « jeux », il abandonne un peu sa réserve, il perçoit qu’il sera compris et qu’on ne  lui renverra pas de lui l’image affligeante d’un enfant cabossé, trop différent des autres,  présentant des manques peut-être graves.

Bien au contraire, s’établit rapidement, une entente harmonieuse, parfois même teintée d’une certaine complicité, qui lui donne envie de travailler de son mieux pour être ensuite largement félicité.

Quand un enfant doué se sent en confiance et qu’il aborde des tâches qui l’intéressent, il n’hésite pas à donner le meilleur de lui-même : il se sent compris, il a toutes les audaces. Les résultats aux tests sont généralement très élevés, surtout, bien entendu, à la « Compréhension Verbale ».

L’évidence est aveuglante : un enfant qui raisonne avec une telle clarté d’esprit et qui possède la maturité nécessaire pour manier le langage avec cette élégance et cette maîtrise a du mal à communiquer avec ses semblables, qui ne  comprennent tout simplement pas ce qu’il dit.

« Puisqu’il est si intelligent, c’est à lui de s’adapter aux autres » entend on dire. Ce décalage apparaissant souvent dès la Maternelle, il est encore un très jeune enfant,  il ne sait pas comment se comporter, il ne comprend pas pourquoi on l’apprécie tant à la maison et on l’ignore au dehors.

Quand il est un peu plus âgé, les centres d’intérêt divergent tant qu’il est difficile de trouver un terrain commun d’entente. On dira : «  on ne parle pas quand on joue dans la cour », mais tout ne s’efface pas dans la cour, il y a des réticences pour jouer avec un enfant un peu différent, qui, de plus, commence à devenir méfiant.  Il a déjà l’expérience des blessures provoquées par les malentendus, il préfère se protéger, il entreprend de se construire cette armure qui ne le quittera plus. Elle apparaît indispensable pour lui permettre de supporter des atmosphères parfois hostiles.

S’étonner qu’un tel enfant n’ait pas d’amis signifie qu’on n’a pas remarqué les spécificités de cet enfant, ou bien qu’on les considère comme négligeables. Si on s’applique à expliquer où réside la différence et combien il est aisé de la percevoir, on s’entend répondre « oui, mais quand même, c’est ennuyeux qu’il n’ait pas d’amis ». Certes, il réfléchit vite et bien, il a l’esprit vif et il s’exprime facilement, mais il devrait avoir des amis. A ce moment-là, on part du principe que tous les enfants du même âge se ressemblent et devraient donc être facilement amis.

Cette assertion prouverait que celui qui l’énonce  ne sait pas ce qu’est l’amitié : on est « ami »  parce qu’on échange quelques paroles avec quelqu’un croisé sur sa route, mais il ne serait pas nécessaire de se trouver des centres d’intérêts communs et une même façon de vivre les événements et de considérer les choses. Il serait facile d’être « ami » : on se trouve réunis au même endroit et  au même moment, on a le même âge, il n’y a donc pas de raison qu’on ne soit pas amis dans ces conditions. C’est bien que quelque chose est faussé chez cet enfant qui reste obstinément à part. Les résultats aux tests, et ce qu’ils laissent entendre, ne seraient qu’une tentative de justification d’une situation anormale.

Evidemment, les parents sont tranquillisés quand ils découvrent la fameuse courbe de Gauss et, d’un simple coup d’œil, ils comprennent que ceux qui se situent tout au bout éprouvent des difficultés pour se lier d’amitié, de véritable amitié, avec le grand nombre proche du milieu de cette courbe. Les parents ont assez d’expérience de la vie pour savoir combien l’amitié est rare et précieuse, elle ne se galvaude pas.

Ils essaient seulement de faire comprendre à leur enfant qu’il est préférable pour lui de jouer,  s’il le peut sans trop se contraindre, ou bien de chercher dans la classe un enfant avec lequel il aurait des affinités, même modestes,  pour contrer ce  qui pourrait être pris pour un stigmate : « pas d’amis ».

Il est préférable de ne pas communiquer à l’enfant le chiffre de son QI, il ne le comprend pas toujours et risque d’en faire une utilisation maladroite, mais on peut parfaitement lui expliquer qu’il est normal de rencontrer des difficultés pour nouer des liens amicaux quand on s’intéresse déjà à de nombreux sujets, quand on aime beaucoup lire, faire des plaisanteries qui font rire les adultes, mais pas les autres enfants. On évoque ces différences en les assortissant de tous les bonheurs qu’elles procurent parce que l’enfant lui-même, présenté comme un sujet d’étonnement et de bizarreries ne se sent pas très bien ; lui aussi est inquiet, non seulement parce qu’il ressent l’inquiétude de ses parents, mais aussi parce qu’il ne comprend pas pourquoi il est si facilement passionné, imaginatif, tourmenté  parfois.

C’est encore une occasion de rappeler inlassablement que la meilleure des thérapies réside dans la fréquentation de semblables : tout s’apaise alors miraculeusement et aussi toutnaturellement.

Pleinement rassurés, les parents peuvent sans plus d’inquiétudes savourer l’originalité et la délicatesse de leur enfant sans craindre que ces magnifiques qualités s’assortissent de troubles souterrains.

D’autres enfants vivent cette incompréhension, ils sont alors très heureux de partager avec des semblables une expérience qui leur permettra de s’aguerrir en songeant à leur avenir.

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Fabienne Lacroix
Votre coach accompagnant
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