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Le Journal des Femmes, Arielle Adda, psychologue, Chronique publiée le 15/04/16

Comment agir après l’examen psychologique, lorsque les résultats révèlent une précocité intellectuelle chez un enfant ?

Les chiffres du QI de leur enfant donnés, les parents se sentent tout d’abord un peu étourdis : ils vivent cette nouvelle information comme une irruption brutale dans leur existence. Pourtant, s’ils ont fait pratiquer un examen psychologique, ils se doutaient bien de quelque chose, mais cette notion restait encore abstraite, ils s’étaient  prudemment abstenus d’échafauder des plans avant d’être sûrs  que leur enfant possédait réellement un don intellectuel, qu’il faudrait donc prendre en compte à l’avenir.

Si la plupart des parents s’arment mentalement pour affronter cette donnée et ne jamais l’oublier dans leur attitude vis-à-vis de leur enfant, d’autres, un peu effrayés, ne se sentent pas de taille à le considérer  plus doué  que la moyenne : tout allait à peu près  bien jusque-là, autant continuer à mener la même existence. Evidemment, il y a cette maîtresse que leur enfant aimait particulièrement et qui semblait bien le comprendre : elle avait  lourdement insisté pour cette passation de test, mais elle était bien la seule, elle était aussi la préférée de leur enfant qui avait connu une  scolarité idéale cette année-là.

En possession des résultats, ils imaginent qu’une véritable révolution risque de bouleverser leur mode de vie tout entier, y compris leurs relations avec leur enfant qui ne ferait plus tout à fait partie de leur monde.

Si on n’en parle à personne, si on ne dit rien ni à l’école ni aux proches, qui  pourraient d’ailleurs être tout aussi effrayés par cette annonce, la vie suivra son  cours habituel et tout rentrera dans l’ordre.

Ces parents craintifs éprouvent tout de même quelques doutes sur le bien-fondé de leur réaction, mais  ils sont  confortés par nombre de psychologues, de pédagogues, de spécialistes de l’enfant qui proclament avec assurance que « de toutes façons qu’est-ce que ça change ? » ou bien « c’est une invention des psychologues pour gagner de l’argent grâce à des parents crédules  désireux d’avoir un petit génie » ou encore « en 30 ans (ou davantage) de carrière je n’ai jamais vu un enfant doué », pour finir par un avis encore plus péremptoire , « doué dites-vous, je vous plains, attendez-vous à un enfant ingérable, difficile, impossible à comprendre et qui n’en fera qu’à sa tête ».

Quand des parents encore hésitants entendent ces assertions assénées avec force et conviction, ils préfèrent oublier les résultats de cet examen calamiteux qui a failli ébranler les fondements mêmes de leur famille. S’il y a d’autres enfants plus jeunes, on ne tentera plus cette expérience malheureuse qui aurait pu entraîner des dégâts échappant totalement à leur maîtrise. Il est bien plus sage de s’appliquer à effacer de son esprit ces résultats dérangeants.

Bien entendu, la trace de cette expérience inhabituelle va persister longtemps, laissant une marque désagréable, accompagnée de l’impression floue, lointaine, d’avoir  volontairement omis une donnée importante. Très vite, ces parents inquiets se rassurent : après tout, il s’agit de leur enfant, ils le connaissent bien, le comprennent généralement. La tristesse qui teinte parfois son caractère est toujours justifiée par un événement contrariant comme en connaissent tous les enfants : une dispute entre amis, une trahison, un manque d’intérêt en classe, la lecture étant alors le réconfort systématique. C’est un enfant comme les autres, il aurait été inutile de le considérer différemment,  avec tous les inconvénients annoncés par certains spécialistes.

C’est ainsi qu’on voit des adultes tentant de  découvrir  leur nature profonde en suivant un chemin laborieux, et même périlleux parfois : ils  ont le vague souvenir d’avoir passé un test, quasiment dans une vie antérieure, mais ils n’ont jamais su les résultats, rien n’a changé dans leur vie, on n’a plus parlé de rien.  S’ils ont la possibilité de demander des précisions à leurs parents, ils s’entendent répondre que, en effet, ils avaient passé un test, mais le résultat avait été sans importance et, de toute façon, le dossier a été perdu lors d’un déménagement.

Commence alors une véritable enquête policière,  à peine moins difficile à mener si le test a été pratiqué dans un organisme public, tenu de conserver ses archives durant 150 ans, tandis qu’un psychologue consulté en privé cesse  un jour son activité et ses dossiers disparaissent avec lui.

Il faut  alors reconstituer son passé à partir de bribes de souvenirs : des professeurs particulièrement compréhensifs  et amicaux, de vrais amis croisés au hasard de la vie, des moments de découvertes passionnantes, laissant entrevoir des horizons exaltants.

Ces adultes gardent pourtant le souvenir de ce passage : cette mémoire est d’ailleurs surprenante, on aurait pu penser qu’il s’agissait simplement de quelques jeux sans portée, mais les commentaires qui ont accompagné leurs réussites auraient donc laissé une marque très profonde, difficile à imaginer.

Ce souvenir est même tellement vivace que ceux qui reviennent longtemps après, pour leur enfant cette fois, reconnaissent les lieux avec une précision singulière.

S’appliquer à ne pas exprimer une rancune trop tenace vis-à-vis de ses parents en apparence négligents, mais surtout timorés,  demande une certaine force d’âme. On leur trouve des excuses : eux-mêmes étaient peut-être doués, mais ils ont eu une existence difficile, ils n’ont jamais pu réaliser leurs potentialités, ils ont dû se contenter d’une vie qui ne leur allait pas tout à fait et dont ils se sont accommodés tant bien que mal. Ils auraient eu un moment d’audace en faisant passer un test à leur enfant, mais les perspectives qui s’ouvraient ensuite leur ont fait très peur. Ils se sentaient démunis, désarmés, incapables de guider un enfant dont ils craignaient qu’il  soit plus intelligent qu’eux.  L’audace est retombée, elle s’est diluée dans la routine : ils se sont trouvés un instant au seuil d’une existence complètement modifiée, mais ils n’avaient pas été préparés à affronter tant de changements et de données inconnues.

Cette réaction de déni  est d’autant plus regrettable qu’elle est nocive pour tous lesprotagonistes.

Pour un livre, qui n’a finalement jamais été écrit, une journaliste avait interrogé des parents ayant fait passer un examen à leur enfant. A la grande surprise des auteurs, une  constante que personne n’avait prévue  se dégageait : le couple était devenu plus harmonieux, l’entente était bien meilleure. Face à  un enfant un peu différent, les parents se sentent plus ou moins mis en question. Quand ils trouvent des réponses  dans le résultat des tests, dans les livres et dans la fréquentation d’autres parents dans le même cas, les problèmes se dénouent, les risques de conflit s’apaisent et surtout l’enfant lui-même se sent compris, reconnu dans sa spécificité, il s’épanouit pleinement dans toute la richesse de ses dons, puisqu’il s’y sent autorisé.

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Fabienne Lacroix
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