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Le Figaro.fr, Charles-Alexandre Louaas • Publié le 05/04/2016

INTERVIEW – Jean-Charles Terrassier est un psychologue fondateur en 1971 de l’Association nationale pour les enfants intellectuellement précoces. Aujourd’hui, il regrette de voir ces intellectuels choisir l’argent au détriment de l’humanisme et pointe les grandes différences de développement entre les filles et les garçons.

LE FIGARO.- Pourquoi les enfants dits «surdoués» auraient-ils besoin d’une éducation particulière?

Jean-Charles TERRASSIER. – Beaucoup souffrent de dyssynchronie. C’est un concept que j’ai développé, un terme que j’ai inventé et qui aujourd’hui est dans le dictionnaire. C’est-à-dire que leur évolution affective n’est pas à la hauteur de leur évolution intellectuelle. Ils ont des émotions et des affects d’enfants de leur âge, alors que leur intelligence est 4 ou 5 ans en avance par rapport à leur âge réel. Ils sont dyssynchrones au niveau graphique. Ils savent lire avant de savoir écrire correctement et cela fait des ravages.

Faut-il aller voir un psychologue?

Il y a encore beaucoup de psychologues qui nient l’intelligence, qui ne révèlent pas la précocité de certains enfants aux parents, qui cachent leur QI (quotient intellectuel). Je comprends en partie leurs craintes mais lorsque j’en vois un, c’est banal pour moi. Lorsque je livre mes conclusions, je ne saute pas de joie. Les parents et l’enfant comprennent que c’est une partie de leur personnalité. Il s’agit de respecter cette personnalité.

Pourquoi les enfants précoces ne réussissent-ils pas tous leurs études?

Il y a la personnalité globale et dans cette personnalité il y a l’intelligence. La personnalité de l’enfant va-t-elle permettre à l’enfant d’exprimer son intelligence pleinement? Les parents peuvent être fautifs en adoptant certains comportements qui détruisent littéralement le potentiel de l’enfant. C’est pourquoi, j’ai écrit des conseils dans mon livre, Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante (voir ci-dessous), qui expliquent comment faire échouer un enfant doué (à prendre à contre-pied bien sûr! ).

Les garçons et les filles précoces ont-ils les mêmes problèmes?

Il y a une différence énorme. Pour une fille qui a un problème, je vois cinq garçons. Beaucoup n’ont pas la patience de persévérer, les filles elles, sont beaucoup plus réalistes. Elles persévèrent plus dans l’acquisition de l’écriture par exemple. Ils sont plus nombreux à être dyslexiques, dysagraphiques, bègues, font au lit tard. Les garçons sont une population fragile. On s’en aperçoit au niveau des résultats scolaires, les filles sont très largement en tête. Les garçons sont beaucoup plus attirés par le plaisir immédiat. Beaucoup de talents masculins sont perdus, car ils n’ont pas trouvé de plaisir dans les activités scolaires. Certains se sauvent en ayant des hobbies qui les éloignent du programme scolaire. Ils peuvent ensuite réussir brillamment dans certains domaines, qui sont approfondis de façon autonome.

Que propose l’Éducation nationale?

Cela fait 20 ans que j’en parle et l’Éducation nationale commence à peine se pencher sur ce problème qu’ils n’ont pas vu ou n’ont pas voulu voir. Ils font ce qu’ils peuvent mais la diversité des cas les perd. Ils prennent conscience de la possibilité de nourrir les enfants précoces avec des cours supplémentaires sur internet. Des cours qui répondent à leurs questions.

Vers quels secteurs professionnels s’orientent les précoces?

Le problème est que la plupart de ces «cerveaux» ne partent pas, selon moi, dans les bons secteurs d’activité. Au XIXe siècle, les jeunes surdoués devenaient instituteurs, mathématiciens… Aujourd’hui la plupart d’entre eux gonflent les rangs de la finance. Leur intelligence est davantage faite pour l’humanité. L’appât du gain nuit à leur potentiel. Ces gens-là devraient faire avancer le monde, ils devraient aller vers la médecine, la recherche de traitements médicaux, etc… J’ai vu un certain nombre de ces enfants qui à 8 ou 9 ans voulaient être vétérinaire, médecin, astronaute, chercheur et ont atterri dans le domaine de la finance. Je regrette que d’autres secteurs ne bénéficient pas de leur intelligence. Mais la finance paye mieux que la recherche médicale, c’est tout bête vous savez…


Pour conduire un enfant doué à l’échec*, il est recommandé de:

À la maison:

1. Lui montrer que ses questions vous dérangent. La curiosité est un vilain défaut.

2. Le coller devant la télévision pour avoir la paix.

3. Le laisser se débrouiller avec ses leçons et ses devoirs. Il faut qu’il soit autonome.

4. Limiter les câlins. Il faut être grand.

5. Ne pas prêter trop d’attention à ses résultats scolaires s’ils sont brillants (rassurez-vous, ils ne le resteront pas longtemps).

6. Ne pas rater une occasion de souligner une insuffisance.

À l’école:

1. Éviter de l’interroger car il sait, et ça décourage les autres. Qu’il se taise!

2. L’empêcher de poser trop de questions. Il verra ça plus tard.

3. Déconseiller une avance scolaire car il faut qu’il vive avec les enfants de son âge et il ne faut pas lui «voler son enfance».

4. Exiger sa pleine attention lorsque le maître rabâche la même explication.

5. Stigmatiser son écriture si mal tracée, particulièrement s’il a déjà une avance scolaire.

6. Si par malheur ses parents l’ont dénoncé précoce, avec tests à l’appui, déclarer que, comme chacun sait, les tests n’ont aucune valeur.

7. Et toujours invoquer la fameuse «immaturité», sans préciser laquelle.

*Source: Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante», Jean-Charles Terrassier, ESF.

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Fabienne Lacroix
Votre coach accompagnant
Tél : +32 473511021
Email : info@exonaisens.be

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