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Le Journal des Femmes, Arielle Adda, psychologue,Chronique publiée le 16/10/14

La propension des enfants doués à s’évader dans des rêveries interminables est bien connue. Une rêverie nécessaire et bénéfique.

Cette faculté leur est précieuse lorsqu’ils entendent répéter inlassablement des notions qu’ils pensent connaître depuis toujours : on parle souvent d’ennui concernant les enfants doués alors qu’ils savent très bien éviter ce sentiment inconfortable, il faudrait plutôt parler de déception, de frustration, d’agacement, quand ils attendent de l’école des découvertes qui ne viennent pas.

Ils s’octroient donc sans vergogne le plaisir d’arpenter de vastes espaces, qu’ils occupent grâce aux fruits de leurs lectures : le plus souvent, les enfants doués aiment lire. Dans les livres, ils puisent avec un bonheur pur toutes sortes de matériaux pour agrémenter, peupler et enrichir chaque jour les univers qu’ils se construisent.

Leur bonheur est naturellement encore plus grand quand ils rencontrent un semblable éprouvant le même plaisir à parcourir  ces univers qu’ils contribuent, de concert,  à enjoliver davantage.

Enjoliver n’est d’ailleurs pas le mot qui convient quand on voit les cohortes de monstres, de sorcières, et d’avatars de toutes sortes qui évoluent là, avec quelques animaux préhistoriques, gigantesques de préférence, pour faire bonne mesure.  Malgré cette profusion d’êtres surprenants, une grâce particulière émane de ces mondes fantasmagoriques à l’image des tapisseries anciennes où animaux et fleurs se mêlent dans un tableau coloré.

On peut penser que les enfants doués se construisent-là un imaginaire insondable dans lequel ils pourront plus tard puiser à loisir de quoi inspirer leurs recherches.

Devenus romanciers, ils  auront à leur disposition une mine inépuisable de thèmes, de personnages et de péripéties avec des détails insolites, lointaines réminiscences de lectures pourtant oubliées, mais jamais tout à fait effacées. Ceux qui s’adonnent à la poésie trouveront dans leur mémoire des images à foison.

Quant aux chercheurs, aux scientifiques, ils auront des idées novatrices, d’une originalité étonnante : elles auront lentement mûri au plus profond d’eux-mêmes et c’est ce travail souterrain qui leur confère une force particulière.

Artistes, peintres, sculpteurs, musiciens, paroliers, tous ont besoin de cet imaginaire infini.

Il ne suffit pas de prôner l’imagination à tout prix, quels qu’en soient les fruits ; pour être fructueuse, cette imagination doit être impérativement soutenue par une rigoureuse logique, comme savent en user les enfants doués. Même fantastique, un univers se doit d’être soumis à un certain ordre et à une égale cohérence, sinon il n’intéresse personne et son auteur lui-même s’y perd. Plus personne ne peut y entrer.

L’imaginaire est un monde en soi, foisonnant, multiple, débridé, mais il doit être aussi construit, structuré, organisé afin qu’on s’y retrouve.

C’est alors qu’il inspire des romans passionnants dont les héros nous semblent si proches et familiers qu’on leur prête une réalité : ce seraient des amis dont on ne sait même plus s’ils habitent dans la même dimension que nous, tant on a l’impression de bien les connaître.

La découverte scientifique qui peut changer l’existence relève du même processus : ses applications pratiques doivent être possibles, utiles, porteuses d’applications ultérieures, toujours aussi intéressantes.

L’enfant qui rêve serait comme un pêcheur laissant paresseusement dériver son filet,  sans idées précises ni buts particuliers. C’est seulement en jetant un coup d’œil sur le produit hasardeux de sa pêche nonchalante qu’il trouve un intérêt à quelques-unes de ses trouvailles. Il les garde en mémoire parce qu’elles lui ont plu. Auparavant, il aura posé une question totalement incongrue : elle était dans la suite logique de ses pérégrinations rêveuses.

Plus tard, une idée lui viendra à l’esprit d’elle-même, sans qu’il l’ait vraiment recherchée, elle s’est même imposée et il la suit en travaillant alors comme un forcené pour lui donner  substance et intérêt.

C’est ainsi que naissent les chefs d’œuvre.

Comme on le voit, on ne saurait trop encourager la lecture, elle constitue une nourriture plus riche que les bribes d’actualité que les enfants captent, même si on s’applique à les en écarter.

C’est alors que cet imaginaire se peuple de drames, les plus sordides et les plus cruels étant naturellement ceux qui marquent le plus.

Juste après le 11 septembre de sinistre mémoire, tous les enfants, absolument tous, même ceux qui ne regardaient jamais la TV, ont inlassablement dessiné des avions se précipitant sur des tours. Tous les enfants savent saisir les événements qui bouleversent les adultes ; s’agissant des enfants doués, cette compréhension est plus profonde encore, elle risque d’être aussi plus perturbatrice : leur imagination illimitée leur permet d’entrevoir toutes les conséquences possibles d’un drame, même si on s’est appliqué à atténuer au mieux sa noirceur.

Ils deviennent de plus en plus anxieux, ils ont l’impression de tenir un rôle de sentinelle, les autres étant trop inconscients pour voir le danger qui se prépare ; ils sont vigilants et terrifiés. On a de la peine à comprendre jusqu’où peut entraîner une imagination nourrie de trop de drames : les enfants envisagent facilement toutes les possibilités, ils n’ont pas encore intégré le rôle de la loi qui régit la vie en société. Ils n’ont remarqué que les transgressions, les débordements qui leur paraissent alors toujours possibles, quel que soit le pays où ils se trouvent, mais il est toujours un peu délicat d’expliquer à un enfant curieux  de tout, lucide et à l’esprit critique bien aiguisé que des enfants sont exposés à des périls mortels, et qu’ils peuvent, en effet, en mourir. Lui, dans le pays où il vit,  ne risque rien « pour le moment » pense-t-il tout naturellement. Un peu d’histoire, l’évocation des périodes qui ont ensanglanté notre pays dans un lointain passé peut apaiser ses inquiétudes : nous avons, depuis longtemps, dépassé les guerres et leurs malheurs, il n’est pas possible de revenir en arrière…

Une inquiétude trop forte doit être combattue, elle ne s’apaise pas d’elle-même, elle s’enfouit et risque de surgir à nouveau en cas de bouleversement de l’existence : toutes les méthodes peuvent être envisagées ou associées.

Sans la merveilleuse imagination des enfants doués nous serions privés de tous les bonheurs qui agrémentent l’existence : contemplation des œuvres d’art, paix de l’harmonie musicale et plongées bienheureuses dans de passionnants récits.

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Fabienne Lacroix
Votre coach accompagnant
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