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Que se passe-t-il dans la tête de vos grands enfants ?

Le psychiatre Philippe Van Meerbeek est l’auteur du très remarqué Mais qu’est-ce que tu as dans la tête ?, sur l’adolescent et sa soif d’idéal. Nous l’avons rencontré au moment de la promo de son livre, en pleine tempête médiatique. Pour nous démarquer, nous lui avons soumis des questions qui sortent un peu de l’ordinaire : vos questions de parents.

 

« Mon fils de 15 ans est rentré déprimé. Il déteste sa génération, celle radicale, de la crise, du numérique, etc. »

À 15 ans, on traverse une crise très identitaire. On vit en meute, il est donc logique que l’on s’interroge sur sa génération. Ce garçon déploie un esprit critique. Encouragez-le à l’utiliser. Ceci va l’aider à se départir des généralités. Il faut bien lui expliquer que c’est important de penser, de remettre en question. Expliquez bien que tout le monde ne fonctionne pas de la même manière. Et si beaucoup manquent d’originalité, lui semble muni d’une volonté de se démarquer. Il n’est pas « contaminé » ! Et s’il emprunte le même chemin que ses semblables, il l’aura fait de son propre chef, loin d’une pensée trop globalisée. C’est très sain.

« Ma fille se demande pourquoi on parle de l’adolescence en des termes si négatifs. Elle a lu que 85 % des jeunes vont bien. »

Ce chiffre ne veut absolument rien dire et il est complétement faux. Vous pouvez expliquer à votre fille qu’on glorifie la jeunesse. Le monde veut rester jeune. Dès qu’un ado fait quelque chose, il en est dépossédé illico. Le mythe juvénile est plus fort qu’il ne l’a jamais été. Il existe en effet une lecture inquiète des parents qui eux-mêmes s’efforcent de rester jeunes coûte que coûte. Quoi de plus normal : c’est une tranche de vie extraordinaire. Expliquez à votre fille qu’elle a un pouvoir magique, celui de jeune débutante qui commence à vivre. Les adultes sont inquiets, car ils doivent faire le deuil de cet état. Évidemment, une adolescence n’en est pas une autre. Cette génération est peut-être moins rebelle aujourd’hui. On leur répète sans arrêt qu’ils ont tendance à être mous. Sûrement parce que les parents conservent une nostalgie, un souvenir éternel et un peu biaisé de leur propre jeunesse. Ce qui fait croire aux ados que l’on porte sur eux une inquiétude. Finalement, en dépit d’un jeunisme galopant, on est dans un phénomène classique d’une génération qui n’en comprend pas une autre. Tant mieux, non ?

« Mes ados sont nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas connu. Pour eux les années 1970, c’était la liberté, les combats idéologiques. Je ne sais pas comment faire en sorte qu’ils soient bien dans leur époque. J’ai le sentiment d’un potentiel gâché. »

Ils sont nés dans un monde nouveau. Ils sont tombés dedans comme Obélix. C’est une chance. Ils mettent le pied dans un univers que personne ne pouvait imaginer. Un univers neuf et enthousiasmant. Quel phénomène rare ! Ce qu’ils vivent est peut-être comparable à l’invention de l’écriture. Ils peuvent tout faire. Composer un morceau sans passer par un studio, traduire les langues du monde entier sans les parler, visiter tous les recoins de la planète. Un potentiel gâché ? Alors que rien n’est fait et qu’il reste tellement à accomplir ! Nous devons être intéressés plutôt qu’inquiets. L’humanité est en pleine mutation.

« Comment inciter mes enfants à se mobiliser ? Ils ont la culture, la volonté et les outils. Qu’est-ce qui manque ? »

Il leur manque tout simplement une noble cause. Ce qui a énormément changé en vingt-cinq ans, c’est la soif d’idéal. Est-ce qu’on leur en offre ? La liberté ? L’égalité ? Est-ce que ce sont des causes qui mobilisent des jeunes en 2016 ? Il y a un grand vide des idéaux. Du coup, ceux dans lesquels ils s’engagent font peur. Combien de parents qui nous lisent vivent sur les engagements de leurs propres parents ? Très peu. Ils ne vont pas reprendre votre flambeau, reproduire vos combats. À cet âge, les grands idéaux ont rapport avec l’héroïsme. Donc avec la vérité ! Les extrêmes font rêver.
Daesh, par exemple, leur dit qu’ils vivent dans le mensonge. Et, tous les jours, le JT le leur prouve. Avant le web, les sources étaient plus solides. Aujourd’hui, avec le net, tout est infini. On peut aller chercher de l’info subversive et unique. On est le meilleur, celui qui va le plus loin. Et finalement, si on ne l’est pas, on n’est rien. Ceux qui ne le font pas sont indécis, peu motivés. C’est une vraie question contemporaine. Les parents ont le sentiment que certains enfants vont trop loin, d’autres que leurs enfants sont trop mous, alors que, au fond, la quête d’idéal reste la même, génération après génération.

« Mon fils de 17 ans nous cache pas mal de choses. Il est très secret. Bien que nous ne soyons pas religieux, il suit des vidéos très louches, sur la Syrie, entre autres. Il surfe sur des sites extrémistes, conspirationnistes et, bien sûr, impossible d’en parler avec lui. »

Première chose, les encourager à parler. La religion est une des grandes questions des jeunes. Toujours en rapport avec la vérité évoquée plus haut. Les extrémistes en tout genre recrutent sur des quêtes qui ont du sens. Si le dialogue est impossible avec vous, il y a forcément des personnes de son entourage qu’il estime, et qui ont votre aval. Un imam de confiance, un prêtre plein de bon sens, un animateur de quartier… bref, un interlocuteur qui va faire sens. Que ces personnes lui expliquent bien que l’humanité a toujours fonctionné sur des complots. Attention de bien prendre toutes ces données au sérieux. Le lavage de cerveau est redoutable. Il va falloir être patient, savoir mettre des nuances et faire preuve de beaucoup de subtilité.

« Je ne suis pas religieuse, mais je ne conçois pas ma vie sans une certaine forme de spiritualité. Mes quatre grands enfants, tous ados, rejettent en bloc cette éducation. Quelle serait la bonne distance à trouver ? »

Avant d’imposer, il faut tâcher de voir s’ils sont intéressés. Vous trouverez toujours une façon de les captiver. À cette période, on adore les tables qui tournent, Harry Potter, le satanisme, les médecines parallèles, etc. Ils ont une appétence extraordinaire pour ce genre de choses. Ils ont envie de croire. Leur foi est totale. Amenez-les petit à petit à cela, pas nécessairement dans un contexte religieux. C’est très bon pour éviter de croire tout et n’importe quoi. Je pense que, avant tout, il faut s’appuyer sur leur imaginaire. C’est d’ailleurs une solution à beaucoup de problèmes.

« J’ai le sentiment que l’on tourne autour du pot. Les malheurs des ados proviennent aujourd’hui en grande partie des réseaux sociaux. J’ai bien envie de les interdire. Comme ces parents qui interdisaient de regarder la télé il y a trente ans. Personne n’en est mort. »

On peut comprendre cette idée. Le problème, c’est que l’ado va tout faire pour contourner l’interdit. Les enfants n’avaient pas la télé ? Ils allaient chez un copain. Ce parent devrait savoir que l’adolescent trouve toujours une solution. Je pense qu’il est préférable de l’accompagner et de l’informer sur les usages.

« On n’assure pas un jeune, on ne lui permet pas de se loger quand il quitte le nid, on lui donne pas de travail. En fait, on n’en veut pas, de nos ados. Nous, adultes, on ne fait rien pour qu’ils s’intègrent dans notre société. »

Je pense au contraire que les adolescents sont contraints par un trop-plein de possibilités aujourd’hui. Les parents sont trop compréhensifs, trop copains. Les jeunes sont peut-être diabolisés, c’est vrai, mais très formatés aussi. La majorité est plutôt conventionnelle. Ils sont assis là, pépères derrière un écran. Pas de révolte. On fume un pétard à l’aise chez ses parents jusqu’à 20 ans, avec lit double et voiture de fonction ! Je suis d’accord que la société doit s’efforcer de mieux connaître ses jeunes, ne pas en avoir peur. Et, surtout, elle doit leur laisser leurs spécificités générationnelles plutôt que d’aspirer les moindres codes ou inventions. Encore une fois, les parents doivent comprendre qu’une génération n’en est pas une autre.

« Mon fils souffre du fait que l’on fasse disparaître de plus en plus, à l’école notamment, les différences entre les sexes. Il le vit de façon très violente. Et je ne sais pas quoi lui dire. »

Il a raison. C’est insupportable à l’adolescence de faire disparaître cela. Au final, ils ont le sentiment confus que tout est dans tout. C’est insupportable pour eux. D’autant plus qu’ils sont en pleine construction et qu’ils ont besoin de repères clairs. Cela va justement dans le sens contraire de cette fameuse vérité que j’ai évoqué plusieurs fois. Ils peuvent tout à fait trouver cela pénible, sans pour autant renier les grands combats gagnés ou ceux à mener. Je pense aux droits des femmes, aux droits des gays, etc. Mais nier les différences, c’est nier les preuves du monde.

« Je suis papa et vis seul avec ma fille de 14 ans, qui m’a demandé très innocemment ce que ça veut dire ‘jouir’. Je m’attendais à des sujets épineux, mais pas si fulgurants ! »

Il doit simplement reconnaître qu’il a du mal à répondre à cette question. Tout simplement parce que la jouissance d’un homme n’est pas celle d’une femme. Là encore, il doit se référer à une femme de confiance, de son entourage. La seule chose que ce papa ait à faire est de s’assurer que sa fille ait une interlocutrice valable. Mais la question est difficile, je comprends qu’il soit tombé à la renverse !

Yves-Marie Vilain-Lepage

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